• Bonjour à tous !

    Voici un bref échange épistolaire, que j'étais venu à rédiger pour un petit concours d'écriture en ligne; le thème était très simple : "Dans un monde ou les animaux peuvent écrire et parler, imaginer un échange épistolaire entre deux d'entre eux." Aussi ai-je décidé de donner à cet échange épistolaire une forme sensiblement similaire à celle du célèbre roman de Pierre Boulle, La planète des singes. Quoiqu'il en soit, voici l'oeuvre !

     

    Nos cousins les hommes 

      

      

    De savane congolaise, Bolobo, le 16/5/25 

      

    Mon cher ami, 

      

        Je tenais à partager avec vous quelques unes de mes récentes constatations vis-à-vis d’une espèce toute particulière, qui peuple notre belle contrée Congolaise. L’étude de cet animal est particulièrement riche en observations, tout comme l’étude de son comportement en « société » lorsqu’il interagit avec ses congénères. Les constatations suivantes sont fondées sur l’observation de notre sujet n°1, que nous avons nommé « Vicky ». 

      

        Vicky est un bipède et ne se déplace jamais à quatre pattes comme nous autres avons tendance à le faire ; ses membres postérieurs sont musclés, et lui assurent un certain équilibre. Ses membres antérieurs en revanche sont plus fins, se terminant sur des pattes très semblables à nos mains. Se terminant sur cinq extrémités, les pattes du sujet n°1 lui permettent d’effectuer de nombreuses tâches dites manuelles. 

      

        Vicky est plus grand que ceux de notre espèce ; il mesure près de cent-quatre-vingt centimètres, et semble posséder une ossature moins dense que la nôtre. Son corps est doté de poils, quoiqu’en très faibles proportions par rapport au commun des nôtres. Son dos est glabre, et son visage comporte un schéma capillaire très particulier. Son crâne est hérissé de poils ; poils qui encadrent aussi son faciès en un collier très distinctif. Sa bouche est très semblable à la nôtre, se résumant en une ouverture suffisamment large pour y introduire des fruits, ou des aliments de petites dimension ; contrairement au lion, ou au tigre, il est incapable de découper de larges morceau de viande d’un coup de dent. Sa peau est d’un beige presque laiteux – il s’agit là d’une des nombreuses couleurs que prend l’espèce de Vicky, avec de multiples dégradations de bruns et d’oranger. 

      

        Vicky est un spécimen assez jeune, auquel nous attribuons près d’une vingtaine d’années. Il a été retiré de son habitat naturel depuis voilà trois ans, et n’à pas montré de signes d’évolution significatifs, si ce n’est une certaine croissance physique, et un changement de comportement progressif. Les premiers mois, Vicky poussait des hurlement, grognait et grondait férocement ; puis, au fil du temps, il est devenu de plus en plus calme. Aujourd’hui Vicky passe le plus clair de son temps couché dans sa cage à attendre son repas, marmonnant à voix basse de temps en temps. 

      

       Tout porte à croire qu’avant d’être retiré de son habitat naturel, Vicky entretenait des rapports sociaux avec ses congénères, expliquant ainsi l’usage d’un langage complexe quoiqu’incompréhensible. L’isolation semble l’avoir écarté du langage, qui s’efface si il n’est utilisé régulièrement. Vicky semble avoir cherché à dessiner désespérément sur le sol de son enclos durant son isolation. Nos chercheurs ont laissé un morceau de craie en évidence sur le sol peu après un repas ; Vicky s’en est très vite emparé, et s’est empressé à dessiner de petits symboles inconnus sur le sol de pierre. Aujourd’hui, nous lui fournissons fréquemment des morceaux de craies, afin qu’il puisse continuer son œuvre. Il semble toutefois avoir ralenti son activité au cour des derniers mois, jusqu’à abandonner définitivement celle-ci. 

      

        Ces recherches, professeurs, sont très fructueuses, et tout porte à croire pour le moment, que l’espèce de Vicky est extrêmement proche de la nôtre. 

      

    Très sincèrement à vous, 

      

    Docteur B. Simio 

      

    **** 

      

    De savane congolaise, Kinshasa, le 18/5/25 

      

    Cher Docteur, 

      

        J’apprécie grandement que vous me fassiez part de vos dernières découvertes sur cette fascinante espèce qui agite le centre de recherche congolais. Quelles découvertes en effet ! Une telle espèce animale sort du lot, c’est très certain ! 

      

        J’ai remarqué que vous aviez principalement décrit dans votre lettre, des constats relevant de l’ordre physique du sujet n°1, au détriment de remarques sur le comportement social de l’espèce en général. Etant situé tout près d’une réserve animale remplie de cette espèce encore dénuée de nom, je puis vous faire part de certaines observations faites sur son comportement en groupe. 

      

        Cette espèce semble faite pour la vie en groupe ; j’ai pu remarquer très peu de parias au sein de la race, ce qui indique une orientation vers la société. Il s’agit souvent de groupes réduits de quatre à sept individus, interagissant avec une multitude d’autre groupes. On pourrait désigner ce comportement comme étant « social-clanique ». Leurs interactions étant quasi-constante, il semblerait en effet que les membres de cette espèce aient établis un moyen de communication oral – certes très primitif – qui varierait en fonction des régions et contrées du monde. Quant aux symboles dessinés par « Vicky » il s’agit sans aucun doute de leur langage écrit, que j’ai pu remarquer à de nombreuses reprises. Cette espèce est en effet la première après la nôtre à développer de telles facettes culturelles. Cet animal est très certainement étonnant ! 

      

        L’on pourra toutefois souligner un point noir quand à la nature de cette espèce ; bellicistes, les congénères de « Vicky » se comportent de manière belliqueuse les uns envers les autre, très souvent pour des motifs triviaux comme la dispute d’un territoire, d’une femelle ou d’un outil qu’un individu se serait approprié. J’ai pu remarquer l’éclatement de nombreux conflits, l’issue étant très souvent sanglante, et peu désirable. Toutefois, en dépit des tragiques conséquences de ces mortels pugilats, de nouveaux conflits démarrent et ce incessamment. Agressifs de nature, ces animaux-là sont féroces et ce en dépit de leur apparence désarmée : absence de griffes, de crocs signifiants d’écailles…etc. Il s’agit là d’un des grands mystères inexplicables. 

      

        Il est cependant important de rajouter que si cet animal se comporte souvent de manière agressive, il semble doté d’une intelligence surprenante ! Notre laboratoire de recherche possède de nombreux spécimens capables d’assembler des puzzles complexes, de compléter des suites logiques, et d’assimiler certaines choses à d’autres. « Arthus », notre spécimen vedette arrive à identifier les formes, les reproduire, à distinguer le bon du mauvais, et réagit au bruit de la cloche. Entre autre, les interactions entre deux membres de l’espèce se montrent bien plus riches que chez d’autres animaux ; régulièrement, ils conversent ou font des jeux inexplicables entre eux, plutôt que de se chamailler ou de s’abandonner aux instincts primitifs de la copulation, quoiqu’il s’agisse d’une interaction fréquente, elle aussi. 

      

        Quoiqu’il en soit, cette espèce est pleine de surprise et mystères, et il y a fort à parier que nous ne sommes pas au bout de nos découvertes. Qui sait ce qu’il se passe dans le cerveau de ces animaux là ! 

      

    Bien à vous, 

      

    Professeur E. Bonobo 

      

    **** 

      

    De savane congolaise, Bolobo, le 21/5/25 

    Cher Professeur, 

      

        Vos constatations sont remarquables ! Hélas, notre petit centre dispose de trop peu d’individus de l’espèce pour observer de telles interactions depuis l’échec de notre dernière expérience, qui a fait des ravages malheureux parmi nos précieux spécimens. De fait, nous nous contentons d’observations cas-par-cas. Vos remarques sont d’ailleurs très intéressantes, dans la mesure où elles rapportent des comportements sociaux très similaire aux nôtres. Ceci semble confirmer certaines des hypothèses élaborées par le professeur Arwin, qui rapproche leur espèce de la nôtre. 

      

        Aussi trouverions nous en cette espèce surprenante des cousins peu évolués, aux comportements très similaires : vie sociale développée, orientation vers l’existence en groupe, développement d’un dialecte écrit et parlé, interactions ayant pour but l’échange – parfois même le commerce d’après ce que j’ai pu comprendre des notes laissées par le professeur Arwin. 

      

        J’ai conscience que cette hypothèse est particulièrement discutée, et est la source de nombreuses polémiques au sein des scientifiques biologistes, mais vos constatations additionnées aux miennes semblent confirmer une telle hypothèse – toute abracadabrantesque soit-elle. 

      

        Car il faut le dire ! Quoique différents de nous sur un plan capillaire, et d’autre petits détails sans grandes significativité, l’espèce de Vicky possède de très nombreux attributs en commun avec nous, à commencer par sa physiologie quasiment identique à la nôtre. Des pattes très similaires à nos mains, une dentition très semblable…Bien que nous possédions bien plus de poil que le commun des individus de l’espèce de Vicky, et que leur visage soit plus plat que nôtre où l’on distingue presque un museau, il ne s’agit que de différences assez minimes qui ne cachent pas nos similitudes très nettes. 

      

    Bien à vous professeur, 

      

    Dr. B. Simio. 

      

    **** 

      

    De savane congolaise, Kinshasa, le 25/5/25 

    Cher Docteur, 

      

        Je comprend que les récentes découvertes sur ce spécimen extraordinaire excitent vos rêves les plus fous, ou qu’elles soient à vos yeux, la preuve irréfutable d’hypothèses plus que discutables d’un professeur très idéaliste – voir trop pour un champs où il ne faut jamais faire de conclusions hâtives – mais il vous faut garder la tête froide ! 

      

        Voyons ! Nous, cousins avec ces singes ? Il faudrait mettre cela sur le compte d’une mauvaise farce de nos créateurs ! Ne sommes-nous pas après tout l’espèce la plus évolué et complexe de ce petit monde, celle à même de comprendre chaque chose et leur fonctionnement, celle à même d’élaborer les œuvres les plus fantasques et tortueuses ? Ne sommes-nous pas l’espèce exceptionnelle et absolue au sommet de toutes les autres, de par nos qualités et notre unique compréhension du monde ? 

      

        Il faut vous faire à l’idée, docteur, que notre espèce n’a pas été dotée d’extraordinaires attributs par un hasard miraculeux ; nous avons de toute évidence été destinés à de grands desseins dont nous ne percevons sans doute pas encore l’entière conception. 

      

        Comment pourrions nous concevoir ne serait-ce qu’un instant, que ces êtres glabres, à la peau douce, et aux muscles fins, à la gueule dénuée de crocs, et aux pattes dépourvues de griffes, pourraient être nos cousins éloignés, ou associés aux nôtre d’une quelconque manière. 

      

        Ces pitres simiesques dans leurs enclos, qui observent les alentours de leurs grands yeux vides et tristes, abrutis par la captivité, en oubliant jusqu’à leur noms et leur langage – je les vois, ces regards ahuris qu’ils lancent vaguement à ceux qui passent ici et là ; des animaux sauvages à qui l’ont à brisé l’esprit ; des oiseaux en cage à qui l’on à rogné les ailes. Ces bêtes…elles me répugnent ; des caricatures grotesques des êtres supérieurs que nous sommes, bonnes à assembler les quelques pièces d’un puzzle à longueur de journée. 

      

    Ces êtres sont des animaux docteur ! Que pourraient-ils être d’autre ? Ils se chamaillent, se battent, se tuent entre eux ; j’entends même que certain s’adonne à en faire souffrir d’autres par quelques plaisirs coupables et vicieux. Nul être pensant, et doté d’une âme digne de ce nom ne s’adonnerai à de telles ignominies ; il s’agit là de l’œuvre de bêtes sauvages, cruelles, primitives. 

      

        Voici la véritable théorie des espèces, docteur ! Il n’y a que les seigneurs de ce monde, et plus bas, les bêtes à nos pieds, qui se complaisent dans la violence, et l’assouvissement de leurs instincts premiers. Des êtres intelligents, doués de paroles vraies, de connaissance absolue et de réflexion pure, il n’en est d’autre que la nôtre ! Nous, les êtres qui peuplent les jungles, et qui, agiles, marchent aussi bien sur deux pattes que sur quatre ; nous les êtres dotés d’une intelligence souveraine ; nous qui observons au travers de nos loupes et de nos yeux scientifiques les espèces et composantes de cet univers ; nous l’espèce absolue, nous l’espèce supérieure ; nous, des chimpanzés aux orang-outang, des gorilles aux tamarins, des macaques aux babouins ; nous les hommes ! 

      

    Professeur E. Bonobo

    Nos cousins les hommes


      

     


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  • Bienheureux l'homme perché sur les rochers escarpés des hauts monts, et qui jauge de son oeil sévère les contrebas. Bienheureux l'homme, qui dressé au dessus de tous, hurle de concert avec le tonnerre et les formidables éclairs. Son regard impérieux s'égare dans les vallées lointaines et abandonnées, sur le moindre de leurs sillons et rivières; il observe chaque chose, chaque éléments, avec l'attention d'un roi contemplant son royaume. Il a fait du monde son trône, et désormais, au sommet même de son univers, il s'arrête pour en scruter les détails. Qu'il les aime les arabesques folâtres des forêts abondantes et des jungles luxuriantes; qu'il aime leur nectar sucré, dont le parfum enivrant flatte ses narines, là, sur sa montagne. La douce odeur de la sève des pins, des séquoias, des chênes et des boulots ! Quel concert ! Quelle harmonie !

    L'homme assis là bas au sommet, en apothéose, laisse derrière lui son existence, son essence, et s'arrête pour dévorer du regard un monde tout entier. Des étendues océaniques chatoyantes aux désert désolés, l'homme couve tout de son regard protecteur. Il peut sentir le vent battre sa peau - ce vent venue des vastes étendues du nord - et les rayons du pâle soleil caresser ses sens. Il est là, au sommet de tout et chacun, grand devant tous, empereur passionné embrassant d'un regard son empire et au delà.

    L'homme n'a rien. Il n'a ni fortune, ni succès, ni gloire, ni grandeur. Son existence ne représente que peu de chose, et le jour de son trépas, l'on s'arrachera sa modeste parure et ses misérables terres. Le flot pousse le flot - comme tout les autre, il sera pleuré, remplacé, oublié.

    Mais l'homme, là bas, là haut sur la montagne - cet homme qui, les bras ouverts, contemple son univers, l'oeil humide - ne s'abandonne plus aux soucis de l'existence, et à la quête du sens de celle ci. Il n'est plus l'être anonyme, perdu dans la masse, qui sera vite enterré et pleuré. Il ne s'intéresse plus du monde des hommes, et des grands désirs de pouvoirs.

    Puisqu'il est roi de sa montagne, roi de son univers, l'homme n'a plus d'attache au monde ici-bas. Il s'est élevé au dessus de tous, à abandonné l'univers fastidieux et cruel des hommes, pour rester sur son mont, et contempler sa vallée, ses forêts, ses océans et ses plaines. Il est homme sur la montagne, empereur sur ses terres, roi sur son trône.

    Bienheureux soit cet homme, capable d'oublier et d'ignorer, la société des hommes et leurs vices chéris. Bienheureux soit cet homme, qui à laissé derrière lui ce vortex assassin. 

    Bienheureux soit cet homme, car, juché sur sa montagne, il s'est approprié un monde entier. Il est l'homme devenu roi; roi devenu dieu, parvenu au sommet de sa puissance, au sommet de sa fierté.

    Sur son trône, César sourit paisiblement, et contemple son empire. Là, assis sur cette pierre façonnée par ses rêves, et mystifiée par ses folies, il a conquis l'univers.

    Debout César ! Contemple le monde dont tu as fait ton royaume, et au dessus de tous les hommes, aveugles et borgnes, devient le véritable empereur.

    Empereur de ton univers chimérique; empereur de tes rêves; empereur de ton âme; empereur de ta vie.

    Zehara

    Rise, Caesar !



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  • Où est passé le monde ? Où est passé ce monde de jadis, ce même monde que je foulais du pied, et dont je buvais l'eau fraîche ? Où sont passés les arbres, les collines, les flots d'hirondelles et les torrents rugissants ? Où est passé le printemps chéri, qui amenait avec lui les effluves parfumées, du pollen et des fruits ? Je me souviens de ce printemps, cette époque où le monde fleurissait de nouveau, et revêtait une draperie rouge, oranger et dorée. Des éclats de couleurs enivrantes ! Quelle passion ! Quelle beauté, alors que la tourterelle venait se poser sur une branche nue, encore mouchetée d'un givre mourant, et que le soleil perçait au loin, éventrant quelques nuages grisonnant, réchauffant nos coeurs et éclairant nos yeux ternes. Quelle joie inexprimable venait s'emparer de nos mains, de nos pieds, de notre corps tout entier, alors que du coin de nos yeux perlaient quelques larmes salées.

    Où est passé le monde ? Je ne vois plus rien des doux dessins d'autrefois...Un voile gris est venu couvrir nos campagnes, ternissant l'herbe fraîche, au delà des lits asséchés des fleuves, au dessus des arbres dépouillés, nues, drainés de leurs forces et de leur vie, un jour en plein été. Les flots d'hirondelles, qui couvraient jadis la campagne, ont laissé leur place à quelques corbeaux sinistres, qui croassent au rythme de mon chagrin. Là haut, une meute de nuages grondants étouffe le soleil, qui, dans un gémissement plaintif, s'éteint lentement. Les fleurs sont mortes, et parsèment de leur pétales, un sol qui n'est plus que boue et crasse. Dans l'air flottent, les miasmes abjectes des fruits gâtés et pourris, dévorés des vers et des essaims bourdonnants. Au milieu du petit jardin, là où reposait jadis l'homme bienheureux, je ne puis percevoir qu'une charogne étalée sur un gazon agonisant. Sur ses os blanchis sont juchés les oiseaux de malheur, qui achèvent de dévorer les dernières parcelles de viande qu'ils ont à offrir, ne laissant qu'une carcasse décharnée, difforme et au sourire édenté, abandonnée aux affres du temps, où flotte triomphant, le drapeau noir de la mélancolie.

    Les étoiles et les astres, depuis longtemps nous ont quitté. Ne rôdent désormais dans le ciel, plus que des spectres de cendres et de larmes. Les cieux infinis se sont drapés de gris et de noir, ne laissant percer à l'horizon qu'une vaste étendue déserte, une promesse dénuée d'espoir.

    Dans l'air ambiant et étouffant, se perdent les derniers cris et mots; les derniers chuchotements, les derniers pleurs; les derniers vers, les dernières notes.

    Vois donc, ce monde dévasté, aux sillons creusés des larmes, vide de tout sourire ou rayon de soleil, où trône, là bas sur la colline grise, la pierre, la croix, le sépulcre de la poésie.

    Zehara


    Lamento



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  • La soif...

    Horreur impie qui rongeait la gorge du vieux de ses crocs dentelés et de sa langue râpeuse, tel une coulée de sable asséchant chaque parcelle de son corps, s'infiltrant dans les plus profond recoin de celui ci, l'assaillant de l'intérieur. La soif...Ce parasite rampant, rôdant au tréfonds de ses entrailles, harcelant ses sens sans répit, dans l'attente d'une rasade d'eau qui viendrait satisfaire son appétit gargantuesque le temps de quelques heures. Le souffle du désert, bouffée de chaleur fiévreuse, inspirait à ses sens quelques folies passionnées. Son oeil, rendu fou et sec par les parfums dans l'air, détaillait quelques sylphides fuyantes, drapées de leurs voiles de soie ocre et sable, qui déjà s'évanouissaient au loin, poussées par les vents, les courants et la chaleur. Le bruit de ses pas, sons feutrés s'égarant entre les dunes, lui semblaient être le sifflement langoureux d'un aspic égaré entre les roches chaudes de la péninsule, se lovant au coeur de l'ombre fraîche qu'elles avaient à offrir. Son oreille, éprouvée par la litanie murmurante du vent, s'abandonnait à quelques douces rêveries; il lui semblait entendre, par delà les étendues de sable brûlant, par delà les dunes innombrables, le doux chant d'une femme. Il l'imaginait jeune, le teint mat, halé par le soleil mordant, un châle bleu indigo épousant amoureusement les formes de son corps, alors que sa longue chevelure châtain et délicatement ondulée, flottait au rythme des soupirs d'Eol. Son visage lisse, tendrement moucheté d'un brun exotique, était souligné par le fin dessin de sa mâchoire et de ses lèvres pulpeuses. Il pouvait discerner ses pommettes saillantes et ses sourcils fins, qui encadraient ses yeux étincelant - deux astres crépitants, furtifs flamboiements d'une flamme mourante. L'homme, d'une mains aux doigts noueux, vint palper le vide remplissant l'étendue devant lui. Il effleurait sa draperie, l'oeil luisant d'une douceur lubrique devant cette chair interdite et fuyante qui venait s'offrir en spectacle à ses regards comblés.

    Là bas, sous l'arbre aux feuilles jaunies par l'âpre morsure d'un soleil éclatant, git l'ombre fraîche et protectrice, où viennent s'abriter quelques reptiles taciturnes - l'ombre couve et protège les esprits des déflagration rayonnantes des cieux infinis, où flotte, rêveuse, l'étoile chimérique, de l'homme passionnément assoiffé.

    Ô, puisse-tu éclairer un nouveau de mes jours, toi mon coeur palpitant, toi l'allonge de mon horizon, ton mon unique amour et ardent soleil.

    Zehara

    Mirage



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