• M'étant récemment plongé dans une lecture intensive d'Ernest Hemingway, grand auteur américain du 20ème siècle connu pour ses chef d'oeuvres tel que Le soleil se lève aussi (The Sun also rises) ou encore Pour qui sonne le glas (For whome the bell tolls), j'ai remis sur la table quelques unes des conceptions que j'avais de l'existence jusque là. Hemingway à ce talent, à travers ses livres de renverser un homme, fut-il le plus convaincu des êtres, et lui ouvrir les yeux sur une toute autre conception de la vie.

    Ma dernière lecture s'est portée tout particulièrement sur Le vieil homme et la Mer (The Old man and the sea) qui met en scène - dans un style très propre à Hemingway - un vieux pêcheur cubain, extrêmement pauvre, bataillant pendant plusieurs jours face à la mer, pour obtenir son dût et revenir dans son petit village avec un espadon hameçonné au début de l'oeuvre. Le pêcheur est décrit comme étant malchanceux depuis plus de quatre-vingt-deux jours, n'ayant pas attrapé la moindre prise durant ce grand laps de temps. Le livre se focalise en particulier sur cette période où le vieil homme (appelé "Le vieux" et plus rarement "Santiago") prend la mer, seul, et tente de recouvrir sa fierté.

    C'est quand, grâce à une combinaison de chance et de manoeuvre rusée, il hameçonne un espadon gigantesque, que l'épopée de Santiago commence. Pendant plus de trois jour, il bataille avec le poisson, qui, bien que piégé, n'en démord pas, et fait dériver le vieux pêcheur loin de la côte et de son village. C'est après trois jours et trois nuits d'éveil constant et de persévérance soutenue, que le vieil homme parvient enfin à venir à bout du poisson, portant un coup fatal au poisson de son harpon. Hélas, bien que le combat contre le noble poisson représente une partie du défi de la mer lancé au pêcheur. Alors qu'il s'apprête à rentrer dans son village, les requins sont déjà attirés par la carcasse sanglante de l'espadon.

    C'est dans cette seconde partie que rentre en scène le véritable combat du pêcheur, qui tente de défendre vainement le fruit de sa pêche et l'honneur du poisson s'était dignement battu des requins carnassiers. En dépit de sa vaillance, de son courage à tout épreuve, et de sa détermination remarquable, Santiago est incapable d'épargner à son bel espadon de finir intégralement dévoré par les requins. Quand celui ci arrive enfin sur le plages de Cuba, il ne reste de celui ci que la queue, la tête, et les longues arêtes. Ainsi, Santiago rentre les bras vide, n'ayant pour toute fierté qu'un poisson dépouillé de sa valeur. Toutefois, la preuve de sa prise - l'arête dénuée de valeur, mais véritable trophée du vieil homme - redore son blason, et remonte l'estime des autre pêcheurs à son égard.

    Le thème abordé par Hemingway dans cette oeuvre est bien entendu le combat éperdu de l'homme face à la puissante nature. En dépit de son inévitable destin, et de sa condamnation à périr, l'homme se bat avec vaillance et bravoure, et ne perd jamais sa fierté. Hemingway, à travers Santiago, met en scène un homme victime des éléments, qui, jusqu'au dernier moment, où l'espoir à depuis longtemps déjà disparu, se bat pour la dignité de son poisson, pour sa propre fierté. Ce récit est un hommage à l'homme, en général, qui, en dépit de sa condition, se bat jusqu'au bout. C'est le récit d'une vie pleine de fierté, de courage, de force et de volonté, mais aussi plein d'embûche, de désarroi, de cruauté du destin. C'est une magnifique leçon de vie que celle que nous transmet Hemingway à travers ce chef d'oeuvre - qui sera plus tard récompensé du prix nobel de la littérature en 1954.

    La véritable morale de cette histoire est la suivante : l'homme, malgré son inévitable sort, se bat jusqu'au bout, par fierté. Si le début de l'oeuvre semble s'ouvrir sur le combat d'un homme et son poisson, celui ci se transforme très vite en une lutte pour l'honneur de son poisson. Le poisson, finalement dépouillée de toute chair, ne sera plus un objet que l'on admirera pour son prix; mais pour sa réel valeur, sa noblesse, sa fierté.

    Il serait sans doute bon de remarquer que, du début à la fin, il n'y à qu'un être ayant foi en Santiago; il s'agit d'un jeune garçon ayant assisté de très nombreuses fois le vieux, entretenant presque une relation paternelle avec celui ci, qui, en dépit de la malchance du vieux pêcheur, conserve en lui une foi inébranlable. Le père du garçon, hélas, peu confiant en la capacité du vieux à ferrer quoique ce soit, déplace son fils sur un autre bateau, au grand désespoir de celui ci. Or, si Santiago repart pêcher en mer, ce n'est pas tant pour regagner l'estime des autre, que pour regagner confiance en lui même.

    Si l'on pourrait entrevoir, d'après ce petit résumé, une certaine tristesse dans la fin de cette oeuvre, il n'en est rien. Hemingway aborde un point de vue de "victoire dans la défaite", faisant s'achever la nouvelle sur un note joyeuse. En effet, le vieux ayant regagné l'estime de tous, il pourra pêcher de nouveau en compagnie du gamin. Le tout est servi dans un univers cubain dépouillé, empreint d'une simplicité désemparante, ou la pauvreté, tout en étant omniprésente, contraste fortement avec la réelle richesse humaine des personnages.

    Le vieil homme et la mer est une oeuvre terriblement marquante, tant elle offre une véritable méditation sur le combat humain entamé contre lui même, contre le temps, contre la Nature. Il s'agit de la fierté humaine, de la bravoure de l'homme, et de sa volonté devant chaque embûche que la vie puisse dresser sur sa route. Il s'agit d'un hommage rendu à l'homme, dans un spectaculaire combat gonflé d'humanité. Hemingway offre au lecteur l'occasion de marquer un temps d'arrêt dans sa vie, et de se recueillir face à la grandeur de l'existence et de la nature, à travers un roman aux modestes allures, et au coeur véritable.

    Un chef d'oeuvre que je ne puis vous recommander assez...

    Un bouleversement.

    Zehara

     

    "Le vieil homme et la mer"

     


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  • Qui n'a jamais été la cible de cette étrange et froide impression qui vous prend aux entrailles et glace votre sang, survenant lorsque l'on contemple l'homme couché en son cercueil - sa dernière demeure - alors que l'on avait très bien aperçu celui ci, quelques jours auparavant, mobile, souriant, riant ? La transition de l'état de vivant à mort, d'existant à disparut, de mémorable à oublié, de présent à passé, se fait souvent avec une telle brusquerie, que l'information n'est que très difficilement assimilée. Quel choc que celui de voir disparaitre brusquement et sans adieux, une partie de votre vie, si infime soit-elle.

    Récemment, la réalisation de cet état de choc saisissant alors que je prenais connaissance de quelques sinistres nouvelles, m'a poussé à réfléchir de manière plus assidue sur cette réaction propre aux hommes, et qui s'avère capable de bouleverser le plus solide des êtres. Aussi, l'on pourra se demander, pourquoi réagissons nous ainsi ? Et comment devrions nous nous comporter afin de diminuer le choc émotionnel considérable qui vient nous ébranler à l'annonce de si lugubres nouvelles ?

    "Vous êtes sur terre, c'est sans remède" déclarait Beckett dans son oeuvre Fin de Partie, illustrant ainsi la condition humaine comme une maladie rampante, inévitable, inéluctable, se résumant en une plus ou moins longue agonie - la vie - et une fin égale pour tous - la mort. Si Beckett ne nous apprend rien à travers ces mots, il permet tout de même d'imposer une certaine philosophie de la vie à ses lecteurs/spectateurs : devant la mort, nous sommes tous égaux. Aussi, l'homme devant un jour ou l'autre affronter son dernier jour, et succomber comme chacun se doit, il semblerait plus normal pour chacun de ne pas être choqué devant la mort d'un autre être.

    Hélas, l'être humain n'a malheureusement pas été fait pour prendre conscience de son inévitable fin. Personne ne croit à sa propre mort, et chacun est convaincu de son immortalité (Freud) - autrement, comment pourrait-il supporter la vie ? Il semblerait que l'être humain ai été fait pour ignorer ou rejeter cette inévitable perspective qu'est son annihilation. Aussi, la mort de ses proches, ou d'un être lui étant vaguement familier aurait l'effet d'une brutale prise de conscience, d'une chute d'un haut mont, venant le frapper au coeur, et lui rappeler que la Mort est bien là, patiente pour chacun d'entre nous.

    Les faits sont là : l'homme est fait pour mourir. Chacun, chacune court, au fil du temps, vers la mort et l'oubli. Chacun, sous les amas de chair et les amalgames osseux, abrite sa propre fin, dormante. L'homme à la mort dans la peau...Ce spectre glacial qui coule dans nos veines et fait frémir nos êtres... Incapable d'accepter sa propre mort, l'homme subit très difficilement la disparition des autre, qui, une fois leurs cendres dispersées aux vents, ou leur cercueil plongé dans les profondeurs de la terre, sombrent dans l'oubli. Avec leur mort, disparait un morceau de l'identité de chacun; un morceau qui au fil du temps, s'efface peu à peu, devient flou, perd de ses couleurs et de sa saveur.

    Cette atroce douleur qui ronge nos entrailles, alors que l'on scelle la tombe du défunt, n'est autre qu'une vive prise de conscience, un message. Ce message nous signalant que pour chacun de nous vient un jour sonner le glas. Aujourd'hui, demain, dans deux ans comme dans trente, il sonnera. Ce message nous annonçant que la mort est exempte de la moindre forme de pitié, de compassion, d'humanité...Ce message nous confirmant que l'homme doit apprendre à vivre chaque jour comme son dernier, incapable de prévoir de quoi sera fait le lendemain.

    Au final, à défaut d'être incapable de savoir quand la mort viendra sonner à notre porte, il semble insensé de créer un état de vie, puis de mort, la transition de l'un à l'autre se faisant sans mise en garde ni adieux. L'homme qui foule cette terre, ne sachant pas quel sera son destin, doit être considéré comme vivant et mort - une véritable réincarnation du "Chat de Schrödinger". Tout comme le chat, l'homme fut mit dans une boîte piégée d'une capsule de poison. Ne sachant quand la capsule explosera, celui ci ne peut se considérer vivant - la mort pouvant venir le frapper à tout moment - comme il ne peut se considérer mort - sa fin pouvant venir à une période très éloignée du temps présent.

    En définitive, devant l'incertitude du contenu des heures de demain, l'homme avance dans les ténèbres. Quelque fois, alors qu'il chemine sur la longue route qu'est le déroulement de sa vie, un de ses compagnons tombe au sol et ne s'en relève pas. Ainsi, l'homme est prévenu qu'un jour, sa chute viendra, elle aussi. Toutefois, la peur de tomber doit-elle nous empêcher d'avancer ? Notre chute étant inévitable, il ne tient qu'à nous d'explorer les recoins et les univers que la vie nous réserve.

    L'homme doit accepter l'omniprésence de la mort, rampante derrière chacun de pas. Ceci faisant, il constatera l'essentiel besoin de profiter de chaque secondes, minutes et heures, la suivante pouvant être la dernière, où enfin, sonnera pour lui, l'heure de faire face à la Mort, au néant et à l'oubli. 

    "Philosopher, c'est apprendre à mourir."

    Zehara

    La mort dans la peau...


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  • Un poème composé il y à plusieurs années déjà. Il m'est arrivé de le publier à maintes reprises, à travers le net. Toutefois, considérant que ce blog est en soi un nouveau départ, pourquoi ne pas remettre ces petites choses du passé, là où elles appartiennent  ?

    Ce poème est inspiré du mythe de Davy Jones - figure mythique du folklore britannique du 19ème siècle, puis repris dans Pirates des Caraïbes - ainsi que de La complainte du vieux Marinier de Samuel Taylor. J'espère que vous apprécierez les quelques rimes maladroites et escamotées ici et là, qui aujourd'hui encore, parviennent à me faire sourire.

    Zehara


    Fut un temps, où capitaine, l’on m’appelait


    Fut un temps, où capitaine l’on m’appelait

     

     

    Fut un temps, où, sur les sept mers, je voguais.

     

    Au quatre coins du monde j’ai navigué,

    Jusqu’aux confins de la terre, l’ancre j’ai jeté.

    Pendant des années, mon bateau, mon navire

    N’a cessé de traverser, ces océans dont j’ai fais mon empire.

     

    Sous le lourd soleil, et les cruelles tempêtes,

    Quand l’aventure nous appelait à partir,

    De nombreux autre, mon voilier a pris la tête

    Que voulez vous ? Pour cela, nous voulions mourir.

     

    Fut un temps, où capitaine l’on m’appelait

    Fut un temps, où, sur les sept mers, je voguais.

     

    Maintes fois, mon arrogance, ma fierté,

    Les mers et les vents en furie, ont défié.

    Mais jamais, n’ont ils tous put nous emporter,

    Jamais typhons ni orage, mon bateau, n’ont échoué.

     

    La mort même, nous avons défié, hélas

    Nul homme, jamais, n’a sut en triompher,

    Et c’est ici, ici, où toutes choses trépassent,

    Que notre fin a nous, fier corsaires, j’ai vu arriver.

     

    Fut un temps, où capitaine l’on m’appelait

    Fut un temps, où, sur les sept mers je voguais.

     

    Les dieux, cruels, mon équipage, m’ont arraché.

    Et de mon fidèle navire, jadis un des meilleurs,

    Un lugubre vaisseau, sans vie ni joie, ils ont fais ;

    Une épave écumant les océans, aux confins de la peur.

     

    La vie, ne me fut pas ôté, a moi, sinistre infortuné

    Mais quel châtiment, que celui d’être condamné,

    A voguer sur les mers, seul, contraint, prisonnier

    A hanter les flots amers, seul, pour l’éternité.

     

    Fut un temps, où capitaine l’on m’appelait

    Fut un temps, où, sur les sept mers, je voguais.

     

    Voilà des centaines d’années, que je vogue sur ce monde,

    Enchaîné, moi, que la mer n’a pas épargné,

    Dans ce cauchemar sans la moindre pitié

    Entravé sur ce désert, qui n’est qu’écume et onde…

     

    Même le vent frais sur ma peau, je ne sens plus,

    Les mets sur ma langue, ne sont que des cendres,

    De mes yeux mornes, terre je ne vois plus

    Depuis tant d’année, en enfer je ne fais que descendre.

     

    Fut un temps, où capitaine l’on m’appelait

    Fut un temps, où, sur les sept mers je voguais.

     

    Peut être n’y a il guère d’espoir de repenti,

    Pour mes hommes comme pour moi,

    Car je le sais, a la mer je suis lié a vie…

    Notre bateau, des mers doit rester roi.

     

    Car nous l’aimons la mer, malgré tout,

    Malgré cette vie qui perdure,

    Malgré cet enfer sans atout,

    Malgré cette malédiction, cette âpre morsure.

     

    Nous ne faisons maintenant qu’un avec la mer,

    Cela me rappel autrefois, naguère,

    Au temps, où capitaine l’on m’appelait

    Au temps, où sur les sept mers je voguais.

     


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  • Si il est une réflexion m'étant souvent revenue au cours des quelques dernières années, il s'agit bien de l'évolution du temps, de notre époque, et de son effet sur les choses. En effet, à bien des égards, nous vivons à un époque où chaque chose, chaque être est bouleversé, souvent de manière flagrante, navrante et irrémédiable.

    Il semblerait légitime de prétendre que la véritable amorce de l'explosion des choses telle que nous les connaissions, ne serait autre que la grande ère de la consommation, ère dans laquelle nous baignons jours et nuits. Les vieux quartiers que nous chérissions, les vieux immeubles, ont fait place aux gigantesques panneaux publicitaires, et aux infâmes néons multicolores. L'exemple le plus flagrant serait sans aucun doutes, certaines villes du continent américain, croulant désormais sous l'empire incontesté et incontestable de la publicité. L'on pourrait en autre nommer le quartier "Time Square" à New York, mais n'étant que peu connaisseur et amateur de l'univers New Yorkais - unique en soi - je me contenterai de rester muet sur cette facette du sujet.

    Le sujet reste cependant entier, et c'est avec une certaine amertume, que j'ai vu un enfant pointer du doigt sa paire de chaussure de sport lorsqu'on lui demandait ce qu'est un "Puma". Anecdote bête en soi, mais qui n'est pas sans venir souligner le sujet principal, et mettre en valeur un phénomène de société d'actualité, aujourd'hui plus que jamais.

    Le fait est que le principe de la marque, ayant connu une propulsion formidable à travers le 20ème siècle, partant de Ford et Taylor, passant par Coca Cola, aboutissant à Honda, Adidas et autre marques faisant le produit des affiches et publicités s'affichant sur l'écran de nos téléviseurs, sont aujourd'hui des élément du quotidien, présents absolument partout, suivant nos pas à la trace, que nous soyons sur internet, en train de lire un journal, ou en train de fouler les rues de nos villes et cités.

    La publicité est absolument partout, agissant tel une propagande n'en portant pas la couleur, bourrant nos crânes, assaillant nos esprits en quasi-permanence. Le phénomène à atteint de telles démesures, que nos capacités d'associations en ont été troublées. L'exemple du Puma revient en mémoire, la référence à la marque étant plus évidente à un enfant de sept ans, que celle à un animal. Une expérience simple et au constat tout aussi effroyable, est de taper "Puma" dans votre moniteur de recherche google, et regarder les images proposées.

    Loin de moi l'idée de soulever un énième débat pseudo-anarchique, anti-consommation, anti-publicité, puisqu'il s'agit d'axe primordiaux autour desquels notre monde gravite désormais. Ma première envie était surtout de susciter une prise de conscience - une épiphanie morale sans doute déjà effectuée chez certain - et de pointer du doigt, un phénomène catastrophique de notre société.

    Depuis combien de temps est-ce que le mot "apple" ("pomme" en anglais) à cessé de susciter à notre esprit l'image d'une pomme, pour nous rappeler celle d'une marque ? Depuis combien de temps sommes nous parfaitement capable d'accoler le nom d'une marque à sa musique-thème, rien qu'en écoutant brièvement celle ci ? A quand remonte la dernière fois que nous regardions le divin paysage face-à-face, et non sur les inhumains pixels de nos écrans de télévision ?

    Je ne puis me rappeler d'une époque où les murs de nos villes étaient vierges, les pages de nos journaux vides de tout clichés automobile, et les pommes vertes et pures, fruits plein de vigueur, dénuées de la morsure bien caractéristique, des affres de notre temps.

    Zehara

     

    La part des choses...

     


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  • Il semble naturel, dans la vie de tout être vivant, qu'un jour, au crépuscule comme à l'aube de sa vie, il s'arrête en chemin pour réfléchir sur le sens de celle ci. Très souvent, on a tendance à caractériser la vie comme un amalgame de tâche répétés au quotidien, faisant de notre existence individuelle un cycle se ressassant jusqu'à une période "x". Si sordide soit-elle, une telle caractérisation de la condition humaine tombe sous le sens. Où du moins, peut-elle le sembler.

    N'étant ni connaisseur, ni expert auto-proclamé, de la vie de tous, je ne puis que parler de ma propre expérience. Tout empreint que je sois, d'une certaine dose d'humour noir et d'un morne regard, j'ai récemment constaté que ce que certain caractérisent comme étant le "bonheur", ne se résume pas tant à une vie bienheureuse dans son intégralité, mais de petites notes de joie parsemant toute une existence. Aussi, une existence empêtrée dans une misère quotidienne, blessante et dégradante, ne sera pas nécessairement privée de joie vivre, même passagère. Une chose suffit afin d'éclairer la vie d'un être...L'odeur du pain frais au nez de l'affamé, la gorgée d'eau fraîche qu'ingère l'assoiffé.

    A mon sens, le bonheur est purement subjectif. Il s'agit d'un événement venant éclairer notre quotidien morne, terne, sordide et répétitif. Aussi, ce qui ferait le bonheur d'un homme, ne ferait pas forcément celui d'un autre, agissant tel un remède contre une ou plusieurs plaies affligeant un être. Le bonheur serait donc une réaction à la guérison d'une plaie, et celui ci serait donc reproductible autant de fois que l'on dispose des ressources nécessaires afin de guérir lesdites plaies.

    Connaître l'origine même du bonheur permet de faciliter la recherche de celui ci. Il s'agit en général de la quête de toute une vie. Mais est-ce là vraiment la véritable quête qu'il nous faut entreprendre ? Faut-il s'entêter à chercher un état "absolu" de bonheur, ou s'atteler à regarder autour de nous et se satisfaire du moindre élément à même de nous donner le sourire ? Le rire d'un enfant, le parfum du miel au petit matin, l'odeur du papier neuf, le souffle du vent sur sa peau, les bras d'une amante...

    Il peut s'agir d'un élément presque imperceptible, ou d'un événement conséquent; mais le fait est qu'il est finalement de très nombreuse chose à même de nous réchauffer le coeur, et éclairer notre existence obscure d'une tâche de lumière. Il suffirait, d'après cette logique, d'abandonner la recherche du bonheur, et de regarder autour de soi. En outre, une manière d'apprécier le déroulement de sa propre vie, serait de cesser de chercher la source de son malheur, de son ennui, de sa misère ou de sa mélancolie, et de s'attacher à découvrir les facettes parfois dissimulés, mais toujours présente quelque part autour de nous, à même de nous rendre le sourire.

    Aussi, la vie étant remplie d'éléments gorgeant notre coeur de chagrin, comme le réchauffant d'une douce joie, il est nécessaire de faire un tri dans notre vie de tout les jours. Fuir et tenter   d'oublier la cause de nos larmes et de notre détresse, et se concentrer sur d'autre petites choses éclaircissant nos yeux et faisant battre notre coeur. Tout les éléments sont là; il suffit d'apprendre à regarder, et non pas tenter de partir à la recherche d'un bonheur dispersé en d'innombrables éclats autour de nos pas.

    Alors que venait sa dernière heure, et pressentant qu'on tenterait bientôt de l'assassiner, Léon Trotsky, fondateur du parti bolchévique aux côtés de Lénine, et marxiste convaincu, aurait conclut son testament par la phrase suivante :

    "Natacha vient juste de venir à la fenêtre de la cour et de l'ouvrir plus largement pour que l'air puisse entrer plus largement dans ma chambre. Je peux voir la large bande d'herbe verte le long du mur, et le ciel bleu clair au dessus du mur, et la lumière du soleil sur le tout. La vie est belle. Que les générations futures la nettoient de tout mal, de toute oppression et de toute violence et en jouissent pleinement."

    Le monde est plein de surprise, et il faut parfois peut de chose pour égayer l'homme triste, au coin d'une rue sale, qui au crépuscule de sa vie, ne sait où regarder pour retrouver foi en cette vie qui l'a déçu. Il est de toute sorte de chose dans notre existence, et il en est de très nombreuse à même de nous combler. Il ne nous reste plus qu'à ouvrir les yeux, et commencer à vivre pleinement notre courte existence. 

    Il y aura toujours des périodes tristes de notre vie, et je puis garantir, que, dans les années à venir, il y aura toujours de très dures soirée où, le coeur gros et serré, des larmes malheureuses couleront de mes yeux tristes. Mais cela ne définira pas mon existence. Du moins, pas dans son intégralité. Et, j'aimerai, en ce jour où je peux ouvrir ma fenêtre et sentir le vent frais sur ma peau, vous dire à la manière de Trotsky, que oui, la vie est belle.

    Zehara

    "La vie est belle".

    Howard Shore - Concerning Hobbits


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